14 novembre, 23 h 40
L’océan pèse contre le granit d’Ar-Men avec une régularité sourde qui finit par laminer l’esprit. Sept mois d’isolement absolu. Jusqu’à ce soir, la solitude ne m’était pas ennemie ; elle n’était qu’un fardeau familier, une seconde peau imprégnée de sel, de suif et d’huile de lin. Pourtant, mes doigts tremblent encore sur la tranche rugueuse du registre officiel.
En tournant le feuillet pour consigner les relevés barométriques de minuit, mon regard a trébuché sur la page de droite. Elle n’était pas vierge.
En haut, tracé avec l’encre sépia que je suis seule à utiliser depuis le départ de la dernière relève, s’étalait une date : 15 novembre. Demain.